Zaïda - Fragments d'une vie de Anne Cuneo

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Date de parution : 08.2007
Format : Grand Format
Nombre de pages : 509
Résumé : À ma naissance, mes quatre grand-parents étaient morts depuis pas mal de temps, et de leur génération je n’ai connu que la demi-soeur de mon grand-père, qui était de vingt ans son aînée.

Elle m’a appris à danser la valse, confié la recette (qualifiée par elle d’originale) du tirami su, du pesto et d’une ou deux autres spécialités italiennes. Elle parlait anglais parce que, m’avait expliqué un parent, sa mère était anglaise; elle était née d’un premier mariage de son père (mon arrière-grand-père). Je n’ai aucun moyen aujourd’hui de vérifier ces affirmations, mais je les ai toujours tenues pour exactes; finalement, cela n’a pas d’importance. C’est en tout cas elle qui m’a donné une image telle de l’Angleterre que mon rêve d’enfant était de m’y rendre le plus vite possible. Mon père m’avait raconté que pendant la Première guerre mondiale elle avait travaillé dans un hôpital du front, et il avait précisé, l’admiration dans la voix, qu’elle avait soigné les blessés avec la vigueur d’une jeune femme alors qu’elle avait déjà soixante ans bien sonnés. Quelqu’un dans la famille (je ne sais plus qui) m’a aussi dit qu’elle avait perdu dans cette guerre tous ses enfants. J’ignore dans quelles circonstances. J’étais trop jeune pour qu’elle songe à me raconter sa vie… et que je songe de m’y intéresser.

Lorsqu’elle m’apprenait la valse, faisait rire les uns et frémir les autres avec des blagues osées, des chansons coquines, et des vérités qu’elle assenait sans pitié pour son interlocuteur, ma grand-tante avait donc dans les cent ans. Elle est morte alors que j’étais déjà en Suisse, et la seule chose que j’ai gardée d’elle, mis à part un souvenir lumineux, quelques recettes de cuisine et la ferme intention d’aller en Angleterre et d’apprendre l’anglais, c’est une petite bague qu’elle m’a donnée la dernière fois où nous nous sommes vues. Elle me l’a glissée dans la main, pour ainsi dire en catimini, alors que j’étais sur le point de m’en aller.

«Garde-la bien, elle te portera bonheur», avait-elle murmuré. Elle avait dû penser que nous ne nous reverrions pas. Je l’ai gardée (miraculeusement, je l’ai toujours), et cela m’a aidée à ne pas l’oublier. Cela fait longtemps que j’ai envie d’en faire un personnage de roman, de lui imaginer une vie autour des quelques faits incertains que je connais d’elle, et de ce que j’ai pu deviner ou pressentir de son caractère. Le jour où je m’y suis mise, je me suis rendu compte que l’histoire était là, prête à sortir, sans doute depuis longtemps.
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Réf. 001-9782882412003
EAN 9782882412003
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